Décalcomanies sur mesure

Publié: 5 novembre 2011 dans mécanique/cablage, SDR

La méthode “toner transfer” sur plaque de métal, surtout si la plaque est épaisse, demande un nombre impressionnant de précautions à prendre : préchauffer la plaque aux environs de 70 ou 80°C, coller la feuille de transfert de telle façon à ce qu’elle ne puisse se déplacer, estimer au pifomètre le nombre de passes (entre une chiée et un peu plus que pas bezef) dans la plastifieuse (le nombre de passages étant proportionnel à l’inertie thermique de la plaque), prier le dieu de l’électronique et de la mécanique que tous les trous et les gravures vont tomber à leurs emplacements exacts (l’étirement et la rétractation du papier sur de grandes surfaces sont assez importants), espérer que la pression de la plastifieuse sera également élevée sur toute la surface de la plaque à imprimer, ce qui, dans le cas contraire, occasionnerait un mauvais transfert de l’encre… etc. En outre, pour des façades importantes (le panneau avant d’un Pic-A-Star par exemple) non seulement il est impossible de dénicher une plastifieuse capable d’accepter des plaques de 4 mm d’épaisseur sur 35 cm de large, mais en outre il devient difficile de trouver des feuilles de papier transfert au format A3 (seul Lazertrans en propose, Pulsar se limite au A4)

D’ou l’idée saugrenue de sauter l’étape “transfert thermique” et profiter des caractéristiques du papier Pulsar. Ce papier en particulier, car il est nettement moins couteux que ses concurrents tels que le Lazertrans et ne présente pas les inconvénients du transfert sur papier classique… notamment l’inclusion très moche de petites fibres de cellulose dans le toner. Il se vend sur eBay des papiers concurrents au Pulsar, fabriqués en Chine, et dont les caractéristiques doivent être fort proches pour  considérablement moins cher (10 dollars pour 50 feuilles par exemple pour l’objet 200655044406). Je n’ai pas encore testé ces fournitures… ça ne saurait tarder.

Mais revenons à nos moutons. La première étape consiste à imprimer les symboles à transférer NORMALEMENT (autrement dit pas en mode “miroir” contrairement à ce qui est montré sur la photo) sur une feuille de Pulsar, imprimante réglée sur l’encrage “papier deluxe” . Comme l’on va fabriquer des décalcomanies, et donc des images transfert qui pourront être positionnées à la main une à une, il n’est pas nécessaire de reproduire la face avant à l’identique L’on peut regrouper tous les symboles et toutes les inscriptions au plus près afin d’économiser du papier et du vernis (voir ci-après).

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Attention : Il ne faut pas inverser l’impression en mode miroir lorsque l’on utilise la méthode “décalcomanie”. Pour les besoins de la démonstration, j’ai utilisé des “chutes” de bouts d’essais tirés lors de la précédente expérience

Passer ensuite de multiples couches de vernis acrylique transparent mat sur la feuille imprimée. Il faut 6 à 8 couches successives, l’application de chaque couche s’effectuant dès que la précédente est assez “sèche au toucher”. L’on crée ainsi une “peau” de plastique qui vient recouvrir et protéger l’impression. Durant cette opération, garder en mémoire les points suivants :

- Plus il y aura de couches, plus le transfert sera solide et facile à déposer.

Plus la surface du motif est importante, plus le transfert doit être solide, donc plus les couches de vernis doivent être nombreuses

- En deçà d’une certaine épaisseur (6 à 8 microns, 4 à 6 couches), la décalcomanie a de fortes chances de se déchirer lors de la pose

- Au-delà d’une certaine épaisseur, la coloration de certains vernis peut provoquer un  halo brillant ou jaune autour de l’inscription et une très légère surépaisseur qui se remarquera en lumière rasante.

L’électronique étant une école de patience, compter une journée pour l’application des couches successives, qui doivent être les plus régulières possibles. Opération à pratiquer dans un local aéré et si possible en utilisant une “cloche” pour protéger de la poussière la feuille durant son séchage. J’ai, pour les besoins des tests, employé un vernis légèrement jaunâtre, pas franchement terrible, mais pas cher du tout. Il en existe chez les vendeurs d’accessoires auto, un peu plus couteux,  qui sont de meilleure qualité.

Laisser sécher… mais pas trop car le vernis risque de se craqueler et donc fendiller la couche de toner (entre 12 et 24 heures environ suffisent)

Ceci fait, chaque inscription  est découpée au plus près,

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Sur surface alu anodisé jaune

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Sur alu brut

Puis on trempe un à un les morceaux de papier dans un bain d’au tiède, presque froide, ce qui a pour effet de décoller la couche de vernis (hydrofuge) et d’encre (laquelle est “fixée” par le vernis). Attention aux inscriptions sur de grandes surfaces, elles sont plus délicates à poser que les petits motifs, et susceptibles de se déchirer durant le glissement de la pellicule (je sais, je me répète… mais y’en a un au fond qui ne suit manifestement pas)

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C’est magique. Tant qu’une pellicule d’eau sépare le transfert de la plaque de support, il est possible d’ajuster la position de la décalco.

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Et hop, on peut chanter comme Richard Gotainer le Mambo du Décalco :

Elle est barjot la maladie
Elle est barjot la manie
Mambo mambo le décalco
Mambo mambo la décalco-manie

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Inscription sur une plus grande surface. Le tirage du film est un peu plus délicat, et les plus prudents augmenteront le nombre de couches de vernis pour faciliter l’opération de transfert. Remarquez au passage le filet de 3 dixièmes qui surligne l’inscription… à l’époque des “vieux” de la radio, j’en ai connu qui faisaient çà à la plume… et c’était nickel !

Ajuster la position de la décalcomanie, puis maroufler avec délicatesse le transfert afin d’absorber l’eau et chasser les bulles d’air. Le papier hygiénique est parfait pour çà. Passer ensuite à la décalcomanie suivante…

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L’aspect “mat” du verni est nettement amplifié par le coup de flash de l’appareil photo. Dans la “vraie vie”, le halo est nettement moins visible

Telle que, cette décalcomanie est relativement résistante. Pour l’enlever, en cas de mauvais positionnement, il faudra déployer les grands moyens, notamment le tampon Jex.

Mais il est possible de parfaire le procédé.

L’étape suivante, subsidiaire, consiste à forcer une refusion du toner sur le support métallique. Puisque le toner est en contact direct avec la surface, il suffit de porter la plaque un peu au dessus de la température de fusion du toner, puis de la laisser refroidir progressivement, en évitant les chocs thermiques.

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Paramétrage du cycle de refusion du toner… 100 à 180 °C maxi sur une plaque d’alu brut. L’opération peut très bien être effectuée dans un four conventionnel, sur la température la plus basse, thermostat 5 tout au plus. Les temps de montée ou de descente doivent être si possible très lents (une demi-heure)

détail refusion toner

Ouvrons ici une parenthèse pour rappeler qu’un toner est caractérisé par deux points thermiques précis : le Tg, ou température de transition vitreuse, entre 40 et 65 °C, stade ou les particules de toner ramollissent assez pour devenir brillantes sans pour autant se fondre entre elles. Le second point particulier et la température de fusion, qui permet à l’encre un peu plus liquéfiée de s’incruster dans le papier. Elle se situe entre 100 °C et 180 °C, et c’est à cette température qu’il faut porter la plaque. Plusieurs essais sont donc nécessaire lorsque l’on se lance dans la fabrication de ses propres faces avant, afin de déterminer cette fameuse température de fusion caractéristique du toner employé.

Si la plaque a été peinte avec une peinture acrylique, il est sage de surveiller en permanence cette étape, et si possible avoir fait des tests sur des bouts d’essais. En chauffant un peu trop (effet “décapeur thermique”) la couche de peinture peut commencer à cloquer, ce qui aurait un effet désastreux sur le rendu final. La question est moins cruciale sur une plaque d’alu brute ou anodisée.

La phase de refusion donne généralement une légère brillance à l’inscription. Une fois cette étape achevée, il est possible de légèrement brosser la couche de vernis pour “mater” sa surface et atténuer les reflets.

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L’impression est alors considérée comme achevée. Il ne reste plus qu’à passer quelques couches de vernis sur toute la façade, non seulement pour la protéger et la rendre lavable, mais également pour masquer les halos de vernis entourant chaque inscription.

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Halo encore visible en lumière rasante…  mais moins que sur les précédentes photos. Il manque quelques couches de vernis. De face, cette imperfection ne se remarque plus du tout.

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Commentaires
  1. ITI dit :

    ET à poser un vernis à insoler sur la plaque d’alu, la développer, attaque en creux avec un perchlo très très léger, puis encrer "à l’ancienne" les vides et ensuite vernir ?

    • zenographie dit :

      Monsieur aime les solutions "old school"…. :- ) Sinon, il y a l’option "carnet de chèque" : Schaeffer en ligne. Environ 50 à 130 euros pour un rack 4U, selon les inscriptions et alésages. Mais c’est moins drôle :-)

    • zenographie dit :

      Ah!!! voilà une information intéressante. J’avais vu passer çà sur leur site, mais je n’avais encore trouvé personne qui ait essayé ce produit… il faut écrire un biller qq part pour donner plus d’infos : procédure, surfaces compatibles, rendu final, coût à la feuille… j’ai passé commande du produit anglais concurrent pour "voir" si cela allait convenir à ma nouvelle façade d’analyseur.

      Merci encore pour cette info… on en veut plus ! ;- ))

      Marc

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